Crédit photo: Victor Soto
03/11/2026 - S'installer comme dentiste dans un désert médical, il ne suffit pas que de le vouloir !
« Au cours de mes trois mandats, c’est bien la première fois que je reçois un courriel comme le vôtre de la part d’une dentiste », m’a confié l’un des maires que j’ai rencontrés.
Témoignage d’une chirurgienne dentiste:
« J’avais écrit à des dizaines de communes situées dans des territoires très sous-dotés pour leur proposer d’y créer un cabinet dentaire.
Après plusieurs années d’exercice en Eure-et-Loir et en Vendée, j’avais vu de près les difficultés des habitants pour accéder aux soins dentaires. Certains attendaient longtemps avant de consulter ; d’autres finissaient par y renoncer. C’est au contact de ces patients que mon projet a pris forme : ouvrir un cabinet là où les besoins sont les plus pressants.
J’ai alors commencé à prospecter. Le chemin a été long et éprouvant. Chaque rendez-vous pouvait représenter plusieurs centaines de kilomètres pour rencontrer un maire, un président de communauté de communes ou un autre interlocuteur local.
Au fil de mes recherches, j’ai eu le sentiment que la chirurgie dentaire trouvait difficilement sa place dans les projets de maisons de santé pluriprofessionnelles. J’ai découvert des locaux vacants, parfois depuis longtemps, mais inadaptés à notre exercice. Lorsque j’interrogeais mes interlocuteurs sur la possibilité de les aménager, la réponse était souvent négative. J’ai pourtant poursuivi mes démarches. Certains maires m’ont fait venir alors qu’ils n’avaient aucun local à me proposer. Ces rencontres semblaient parfois motivées par la curiosité de voir une chirurgienne-dentiste prête à s’installer en milieu rural, loin des grandes villes. Pour moi, elles représentaient du temps, des kilomètres et l’espoir d’une solution pour les patients.
Il m’a également été difficile de trouver une liste précise des maisons et pôles de santé disposant d’un espace dentaire, qu’il soit occupé, vacant ou aménageable. Sans ces informations, comment repérer les possibilités d’installation et apprécier les besoins à l’échelle d’un bassin de vie ?
Certaines situations m’ont fait douter. Elles m’ont surtout amenée à m’interroger sur la place accordée aux chirurgiens-dentistes dans les décisions locales de santé. On parle volontiers de l’arrivée de médecins, de kinésithérapeutes ou d’infirmiers. Mais où sont les dentistes dans cette réflexion ? J’ai parfois eu le sentiment que notre profession était considérée comme la cinquième roue du carrosse.
La douleur dentaire peut être intense et bouleverser le quotidien. Les difficultés pour manger, dormir ou travailler, comme les conséquences d’une infection ou de soins trop longtemps différés, sont bien réelles. Pourtant, la santé bucco-dentaire semble encore trop souvent traitée comme un sujet secondaire.
Alors je pose la question : lorsque l’on parle de « déserts médicaux », pense-t-on aussi aux personnes qui ne trouvent pas de chirurgien-dentiste près de chez elles ?
Nommer le problème ne suffit pas. Si nous voulons que des praticiens s’installent dans ces territoires, il faut rendre les possibilités d’installation visibles, prévoir des locaux adaptés et accompagner concrètement celles et ceux qui sont prêts à venir soigner la population.
J’ai aussi rencontré une équipe municipale formidable, prête à écouter ce besoin et à travailler concrètement à l’accueil d’un cabinet dentaire . C’est ainsi que le maire de cette commune dans le Loiret, M. Jacky Hecquet ainsi que ses adjoints, ont pu donner vie à ce projet , à Beaulieu -Sur-Loire.
Mon activité commencera à Beaulieu sur Loire en Janvier 2027 .
Cette expérience me donne l’espoir qu’une volonté locale peut faire la différence, au delà des discours.
Dr Rachel Bouarich
